Préjugés versus Post-jugés

Tout d’abord, j’aime bien écrire Post-jugés pour marquer la différence entre le préjugé et le postjugé. C’est un choix personnel très contestable, mais c’est le mien.

De quoi va parler cet article ?

Il y a quelques mois j’avais publié un article sur les librairies et comment obtenir d’eux la possibilité d’être en rayon ? Il est ici cet article pour vous rafraîchir la mémoire (vous pouvez également jeter un oeil aux deux autres articles qui composent ce triptyque ici et ou lire ma modeste expérience de libraire).

Noter – je suis artiste j’ai un gros égo – que depuis cette époque, j’ai non seulement publié d’autres romans, mais que j’ai également eu la chance d’être en tête de gondole et même en vitrine juste à côté du dernier Amélie Nothomb. Ce n’est pas pour me vanter juste gardez ça en tête pour la seconde partie de l’article, vous comprendrez pourquoi.

Pourquoi je vous parle de cela ? Parce que c’est de là que tout commence et que j’ai ressenti le besoin de vous exposer mon point de vue sur la différence entre les préjugés et les post-jugés et sur ce que cela produit dans le monde de l’écriture. Encore une fois, mon point de vue est personnel, je comprends que les autres puissent voir les choses différemment et je respecte -hummhumm ça dépend de la manière dont c’est dit ne nous voilons pas la face, nous sommes tous des êtres humains- les avis divergeant.

Le commencement :

Cette nuit, je traînais sur Instagram et j’ai encore eut la confirmation que beaucoup de personnes confondent préjugés et post-jugés. Sans aucune méchanceté, je trouve cela quand même très embêtant cette confusion de sens parce qu’elle implique que l’expérience d’une personne qui est dans le POST-jugés n’est pas valide, que c’est une méprise, voire une insulte. Alors que la différence est notoire. Nous vivons une période où l’avis personnel, où l’expérience personnelle compte énormément. Il n’est pas rare de lire dans la presse des expressions comme « sentiment d’insécurité », « le sentiment de mépris envers ceci ou cela », « le ressentit des femmes », etc. Alors pourquoi quand le post-jugé d’une personne ne plaît pas, il est relégué à un préjugé, sous-entendu quelque chose de mal? Le préjugé comme les stéréotypes ont une connotation négative, jusque là personne ne dira le contraire.

Donc quelle est la différence entre préjugé et post-jugé ?

Quand quelqu’un dit : Les corsets d’époque empêchaient les femmes de respirer et comprimés les organes. Alors que cette personne n’a jamais étudié le costume historique, n’a jamais porté de corset d’époque, n’a jamais étudié l’assemblage des corsets et n’a jamais discuté avec des corsetiers, il s’agit d’un préjugé.

Si une personne dit : J’ai essayé plusieurs corsets de marques et d’époque différentes, mais vraiment je ne supporte pas. C’est un post-jugés.

Si quelqu’un qui n’a jamais porté de robe dit que les robes ne sont pas pratiques, qu’elles empêchent de vivre normalement, qu’elles ne sont pas confortables, et bien c’est un préjugé. Si une personne a fait plusieurs tentatives et qu’elles ne lui conviennent pas, on est dans le post-jugé.

Si je vous dis que je déteste les voitures de la marque Peugeot parce que le cousin du frère de ma belle-soeur dit qu’il a eu plein de problème avec sa Peugeot, alors que je n’en ai jamais conduit, c’est un préjugé. De même si je vous dis que je déteste les Renault parce que j’ai eu un accident avec la seule que je n’ai jamais entre les mains, on est encore dans le préjugé, même si l’avis est un peu plus étayé d’une expérience personnelle.

Si vous souhaitez d’autres exemples allons-y : dire Toutes les femmes sont arrogantes, c’est un préjugé, à moins de connaître toutes les femmes de la planète (mais j’émets un doute sur cela) il est difficile de dire cela. En revanche, dire Toutes les femmes que je connais sont arrogantes, n’est pas un préjugé, c’est un avis, qu’il soit fondé ou non n’est pas la question.

Parfois l’exemple est plus subtil. Personnellement quand je dis que je déteste porter des jeans, c’est d’une part parce que j’en ai porté durant des années, que j’ai essayé bon nombre de taille, de coupe, de formes, de marques différentes et que j’en suis arrivée à un avis qui est « je déteste porter des jeans », je ne vais pas vous faire la liste exhaustive de ceux que j’ai essayé, d’une part on en aurait pour la semaine, d’autre part on s’en moque et j’ai le droit de faire un raccourci parce que j’ai VRAIMENT une longue expérience dans la question et rien à vous prouver. De même si une personne vous déconseille une entreprise en vous disant « ah dans cette boîte tous des incompétents », peut-être que son discours est biaisé par de mauvaises expériences – c’est généralement le cas – cependant elle n’a peut-être pas tort si elle a eu affaire à de nombreuses personnes de cette entreprise, ce qui l’a conduite à cette généralité.

Vous remarquerez que je parle beaucoup d’exemples négatifs. Les préjugés ou les post-jugés positifs existent. Un préjugé positif serait de dire « Tous les livres de fantasy sont géniaux » ou encore « Ah si c’est telle personne/marque c’est forcément bien » ou encore « Si machin me conseille ça c’est forcément bien parce que machin n’a que de bons conseils ». Je ne vous fais pas l’offense de vous expliquer les post-jugés positifs, nous en avons tous.

Quand est-on dans le préjugé ?

Encore une fois, et j’insiste (!), ce n’est que mon avis, le préjugé intervient quand on n’a pas d’expérience, que l’on se fie à celle des autres – même si leur(s) expérience(s) est(sont) tout aussi valable(s) et ne sont pas à remettre en question – ou que l’on s’arrête sur une mauvaise expérience pour en tirer un jugement définitif. Les préjugés ont la vie dure. Ils peuvent être de toutes nature. On parle beaucoup de préjugés raciaux, sexistes, religieux, pourtant ils sont partout et généralement ils sont négatifs car l’inconnu fait peur, après tout nous sommes des êtres humains.

Quand passe-t-on dans le post-jugé ?

Selon moi à partir de trois expériences similaires sans préjugés. Pourquoi à partir de 3 ? Parce que toutes les bonnes choses viennent par trois et qu’il en va de même pour les mauvaises. Plus sérieusement, je dirais qu’à partir de trois cela signifie que l’on n’a, certes, pas fait le tour de toute la question, mais que l’on a assez de retour pour savoir si une chose nous plaît ou pas. Bien entendu, je conseille toujours de réitérer plus tard les expériences pour être certain de son avis.

Petit disclaimer : On s’entend que si votre mauvaise expérience est la conséquence d’une maladie, par exemple si vous êtes allergique à un aliment n’allez pas retenter de le manger ! Je sais c’est le bon sens, mais je préfère prévenir. Pour ma part, je suis allergique au Soja, j’ai essayé à plusieurs reprises d’en consommer sous différentes formes jusqu’à me rendre compte que c’était cela qui me rendait malade (et même plus que malade) donc évidemment dans ces cas-là on ne retente jamais l’expérience, pas la peine de se mettre aux portes de la mort pour se vanter d’être dans le post-jugé !

Le post-jugé c’est bien. C’est même très positif cela signifie que l’on a fait des expériences, que l’on a essayé à plusieurs reprises et que notre avis est donc « légitime » (bien que tout avis soit légitime !) et personne ne devrait être accusé de faire du préjugé quand tel n’est pas le cas.

Mais attention, pour avoir un avis objectif, il ne faut pas partir du premier constat qui serait une bonne ou une mauvaise expérience et en conclure que ça sera forcément comme ça à chaque fois ! Il faut se détacher de son premier avis. Ce n’est pas toujours évident bien sûr, mais l’être humain se forge un avis par son expérience et la répétition de celle-ci.

Pourquoi je vous parle de cela ?

Tout simplement parce que je vois beaucoup sur les réseaux sociaux de personnes se plaindre de préjugés envers les autoédités ou même les auteurs et autrices de petites maisons d’éditions, mais en réalité ce que l’on nomme préjugé dans bien des cas ne sont que des post-jugés.

Quand je lis ou j’entends que critiquer certains auteurs c’est du préjugé ou c’est parce qu’il écrit tel genre et pas un autre, parce qu’il choisit tel voie d’édition et pas une autre, c’est de la pure hypocrisie. Bien sûr, certaines personnes sont dans le préjugé et c’est leur droit, tant qu’ils ne font de mal à personne, n’incite à aucune haine, ne dénigre personne publiquement etc. Il n’est pas illégal de refuser de lire un genre littéraire ou un auteur, quand bien même ce serait immoral, forcer une personne à aller contre son avis est au mieux une perte de temps au pire le meilleur moyen de la braquer et donc qu’elle parte avec un post-jugé négatif qui serait cette fois tout à fait justifié. En terme de productivité, on a vu mieux.

Généralement, les personnes qui vont critiquer que ce soit l’autoédition ou un genre en particulier, ces personnes ont déjà fait plusieurs expériences et elles se sont mal passées. Est-ce que l’on peut en vouloir à une personne qui a fait plusieurs expériences et en a tiré un avis ? Soyez honnête avec vous-mêmes en vous posant la question.

Pour ma part, je ne lis pas de romans érotique ou de romance, j’en ai lu plusieurs fois, j’ai essayé des livres classiques, des livres anciens, de l’édition de Grande maison d’édition, de l’autoédition, de petits éditeurs. J’ai essayé plusieurs sous-genre différents également, mais non, ça ne passe pas, je n’aime pas ! Est-ce un crime ? Non. Est-ce que je pourrais dire que lire des romances est une perte de temps ? Oui. Est-ce que cela signifie que vous ne devez ni en lire, ni en écrire ? Absolument pas ! C’est même tout le contraire.

J’ai un autre exemple à vous donner. J’aime beaucoup les livres de développement personnel. J’échange régulièrement sur le sujet avec un proche, un jour, il m’a conseillé une dizaine de livres. J’avais déjà lu et fortement apprécié certains, c’est donc avec plaisir que je me suis procurée les livres manquant. J’ai détesté ces livres, j’ai trouvé que chaque concept étaient au mieux ridicules au pire dangereux car trop sectaires. Il est tout à fait probable – et même certain – que si je n’avais pas eu une longue habitude de ce genre de littérature, j’aurais affirmé que le développement personnel est dangereux, absurde, malaisant, stupides. Est-ce que j’aurais eu tort ? Non et oui. Non parce que j’aurais forgé mon avis sur plusieurs expériences et qu’il aurait donc s’agit de post-jugé. Et dans le même temps, oui, parce qu’il est claire que je n’aurais pas eu une expérience aussi grande et donc que mon avis n’aurait pas été forgé avec autant d’objectivité.

Ce que je veux dire par là, c’est qu’importe si la légitimité nous paraît légitime ou illégitime, un avis se forge parce que l’autre s’y est confronté et c’est tout à fait valable. Ce n’est même pas négociable cette validité. Parfois cela nous affecte énormément, mais nous avons tous des opinions, tous des avis qui peuvent heurter les autres. Est-ce pour autant que l’on doit cesser d’avoir des avis ? Doit-on se forcer à aimer quelque chose que l’on n’aime pas ? Doit-on s’obliger à parler en bien de ce que nous n’aimons pas ? En auriez-vous réellement envie ?

Est-ce que certaines personnes expriment maladroitement leur avis sur ces sujets ? Oui ! Bien sûr que oui. Est-ce que cela signifie qu’il faut les accabler pour autant ? Ce serait mesquin de répondre positivement, puisque très peu d’entre nous n’avons jamais eu de paroles mal comprises, mal formulées ou qu’y ont blessé autrui parfois sans le vouloir. Celui qui n’a jamais pêché, la première pierre toussa toussa.

Je remarque que des gens sur les Réseaux Sociaux épinglent en d’autres pour leur post-jugés pour la simple raison que cela ne va pas dans leur sens. J’ai fait pareil à une époque donc j’estime avoir le droit de parler de mon expérience et de vous dire que ça n’a jamais rien donné de bon et c’était un cruel manque de professionnalisme de ma part.

Comme je l’ai dis dans mon article sur les librairies, il n’est pas rare que des AE ou des auteurs de petites maisons d’édition (dont je fais partie, au cas où vous vous demanderiez – vous vous rappelez ce dont je parlais au début ?) expliquent qu’il y a des préjugés notamment chez les lecteurs ou les libraires. Sauf que ce n’est pas du préjugé, c’est du post-jugé dans bien des cas. Je vous encourage à relire mon article, qui a été écrit sur un ton caustique pour le côté humour, mais sincèrement une relation avec un libraire ou un lecteur se construit sur le long terme, tout comme l’image de marque. Passer du temps à se plaindre sur les personnes qui ont des préjugés quand ce n’est pas le cas – encore plus quand ce n’est pas le cas – ne fait qu’entretenir le climat délétère qui règne entre les « petits » auteurs et le reste de la chaîne du livres.

Ce métier doit être pris au sérieux, car oui, auteur est un métier. Alors quand on a une mauvaise expérience avec des lecteurs, des libraires, des journalistes, etc, mieux vaut ne pas le mettre sur les RS pour s’en plaindre et plutôt mettre en avant les collaborateurs avec qui ont a d’excellents rapports. C’est ce que font les entreprises car c’est un gage de sérieux. Encore une fois quand une personne est dans le post-jugé la vilipender sur les réseaux sociaux ne va pas l’encourager à dire du bien de vous, c’est même le contraire et ça n’encourage absolument pas les autres à vous apporter du soutien.

Est-ce que c’est juste que des gens critiquent un genre, un auteur, une forme d’édition en particulier ? Non, soyons honnête, ce n’est jamais juste et nous avons tous tendance à le prendre pour nous quand on est confronté à la critique. Je m’inclus dans le lot parce que je suis une personne susceptible, en tout cas je l’ai été durant de nombreuses années, mais il y a une différence entre se plaindre à ses proches et se plaindre à la vue de tous en terme d’image publique. En tout cas, est ce que ça sert de se plaindre que les gens n’aiment pas les auteurs et autrices qui ne sont pas chez les grandes ME ? Selon mon expérience absolument pas ! On s’attire la sympathie de ceux qui sont déjà d’accord avec cela, mais cela n’a convaincu personne.

Alors comment on me disait récemment « je n’ai pas dis tous les libraires, lecteurs, journalistes, gens… » mais si vous êtes un libraire, journaliste, lecteur, etc et que vous lisez que les « Les libraires, journalistes, lecteurs (enfin pas tous) ont des préjugés » n’allez pas me dire que vous ne vous demanderez pas dans quelle case vous vous situez. Bien sûr c’est que je fais depuis le début de cet article en disant les auteurs ou des auteurs – à moins que vous ne soyez pas auteur ou autrice vous-même – vous pourriez prendre pour vous ce que je dis. Maintenant que je pointe ce fait du doigt, vous seriez en droit de vous dire « mais elle est gonflée quand même, me reprochez d’être comme ça! Mais pour qui se prend-t-elle ! ». Et donc voilà où je voulais en venir, on ne peut pas savoir. C’est pour cela qu’il est nettement plus intéressant pour sa business d’aller vers le positif et de mettre en avant ceux qui vous aident et d’éviter de parler (surtout en généralisant même si JE SAIS que c’est très difficile parce qu’on ne veut pas se prendre un shitstorm dans la face en citant une marque, une entreprise, une personne) des mauvaises expériences.

Image par John Hain de Pixabay

Une réflexion sur “Préjugés versus Post-jugés

  1. Elisa dit :

    MERCI MERCI MERCI… pour ce post très constructif. Je rejoins le mouvement pour militer contre l’arrêt de ses épanchements négatifs sur les réseaux sociaux et la valorisation de ce qu’il y a de positif. ça s’appelle la gratitude et ça fait tellement de bien, à soi, à l’univers !

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