Mon roman une autobiographie déguisée ? Cette question qui m’a traumatisé !

Commençons d’abord par plusieurs mise en garde :

  • Si vous avez besoin de Trigger Warning alors ne lisez pas cet article
  • Si vous ne souhaitez pas être spoilé de mon dernier roman (Bloomsbury : Balade à Hyde Park) ne lisez pas cet article
  • Si les questions féministes vous insupportent – et les réactions à la limite du Feminazie – ne lisez pas cet article (oui, pour une fois, je vais en revenir à mes premiers idéaux politicosocio parce que…vous comprendrez)
  • Si mes points de vue, mes positions et ma personne vous dérange, ne lisez pas cet article

Si vous êtes arrivés jusqu’ici : Bravo et Merci.

Entrons dans le vif du sujet, si vous le voulez bien – sinon, vous pouvez toujours quitter la page, mais n’oubliez pas de liker, de vous abonner, de partager, de commenter toussa toussa.

Suite à la sortie de mon dernier roman Bloomsbury : Balade à Hyde Park, j’ai eu le déplaisir – l’horreur, l’effroi, le dérangement mental – qu’on me demande s’il s’agissait d’une autobiographie.

Il n’est pas rare que les lecteurs s’imaginent que les héros ressemblent aux auteurs ou autrices. Certains proches cherchent même à se reconnaître, à tort ou à raison, dans les personnages, dans les événements, dans les intrigues… Bref, c’est connu que l’on cherche la dimension autobiographique dans un roman parce que l’oeuvre et l’auteur sont intimement liés. Seulement voilà, dans certains cas y trouver une dimension autobiographique est stupide. Si vous lisez Harry Potter jamais vous ne vous direz que JK Rowling est une sorcière dotée de… Attendez, ça a déjà été fait. Mince ! On a déjà prétendu qu’elle était Rita Skeeter Plus sérieusement, la dimension autobiographique ou biographique quand il s’agit de personnalité, je peux comprendre. Il peut arriver que les auteurs utilisent de véritables événements pour rédiger leurs oeuvres et cela n’a rien de dramatique. Souvent, ils l’admettent.

Je ne sais vraiment pas comment vous parler de ce que j’ai à vous dire tellement cela m’a dérangé ! Je vous jure que ce n’est pas facile et je n’ai tellement pas envie de vous spoiler !

Alors, en tant qu’autrice j’aime bien glisser des références personnelles. Sans faire dans l’autobiographie, si mon héroïne aime bien le ballet russe, ou la lecture de livres de développement personnel, c’est plus pour le côté fun et dans Bloomsbury cela s’accordait vraiment au personnage de Sarah Aberfeldy (rien à voir avec le whisky, si, si, promis je vous jure), au thème dont je souhaitais parler, à l’intrigue et à ce qui ce produit dans le récit.

Vous allez me dire : Mais alors où est le problème de te demander si c’est autobiographique ? Et puis franchement, tu fais tout un foin d’une question innocente ? Sauf que ce n’était pas une question innocente.

De quoi parle Bloomsbury ? (SPOIL ALERT !) C’est une histoire d’amour entre un acteur sur le déclin, accro aux jeux d’argent, une écrivaine dépressive et paumée sous fond de scandales sexuels dans le milieu cinématographique. Lorsque j’ai commencé ce roman, j’avais envie d’aborder la question du viol notamment parce que l’affaire Weinstein venait d’éclater, parce que malgré le fait que je ne me définisse plus comme féministe, j’ai durant une grande -majorité- partie de ma vie été ce que l’on qualifierait aujourd’hui de Feminazie et du coup les questions de viols, d’emprises sur les autres, de maltraitances et tout un tas d’autres notions me tiennent encore à coeur. Tout cela pour dire que l’affaire Weinstein en tant qu’ancienne étudiante en cinéma et en théâtre, ça m’a pas mal secoué et que j’avais envie d’aborder le sujet, avec des personnages TOTALEMENT FICTIFS !

Seulement voilà, quand on m’a demandé si Bloomsbury était une autobiographie, la question était de savoir si j’avais déjà été violée. Cette question m’a traumatisé! Déjà, je ne comprends pas que l’on puisse poser cette question à une personne comme ça, devant plein de monde, comme si c’était innocent et que ça pouvait intervenir dans une conversation lambda au milieu de gens plus ou moins proche : « Un sucre ou deux dans ton café ? Au fait, on t’a violé la semaine dernière ?  » (c’est l’effet que ça m’a fait) C’était très particulier comme expérience surtout parce qu’il s’agit d’une question très personnelle et… Non, vraiment, je suis encore sidérée par cette question.

Plusieurs choses me sont passées en tête à ce moment-là :

  • Qu’est-ce que ça peut te foutre connard?
  • Bordel de merde comment je fais pour justifier que mon roman parle de viol et que l’on ne m’accuse pas d’en faire une autobiographie ?
  • Pourquoi je dois me justifier ?
  • Est-ce qu’on m’aurait posé la même question si j’avais été un homme ?
  • Pourquoi faut-il qu’on imagine que toutes les femmes ont été violée ? Il n’y a pas déjà assez comme ça faut qu’on en rajoute ?
  • Tu crois que si j’avais été violée j’aurais envie d’en parler à tout le monde comme ça normal OKLM ?
  • C’est malsain, putain, c’est malsain !
  • AU SECOURS !
  • J’ai envie de pleurer.
  • Pourquoi faut qu’on me juge ?
  • Comme si une personne pouvait avoir envie de parler de sa vie sexuelle devant des inconnus et ses proches, qu’elle soit consentie ou non !

J’ai eu toutes les peines du monde à faire comprendre à cette personne que si Sarah Aberfeldy aime des choses que j’apprécie (comme la comédie musicales Les Misérables , qui est une institution en Angleterre, 36 ans qu’elle est à l’affiche cette comédie musicale rien que ça) cela ne veut pas dire qu’elle est moi ou que tout ce qui est dans ce livre est une expérience personnelle. Entre imaginer qu’une écrivaine puisse donner des anecdotes personnelles, comme aller voir une comédie musicale quand on est à Londres, et envisager que tout ce que vit son personnage lui est arrivée ! NON…MAIS…NON ! Quand dans Katerina ou Balina mon héroïne utilise ses pouvoirs magiques pour se sortir d’une situation, est-ce que l’on en viendrait à imaginer que j’ai un athamé et que je m’en sers pour envoyer des éclairs de feu ? Est-ce que vous imagineriez un seul instant que Maxime Chattam tue des gens pour écrire ses romans ? Imagine que tout ce qu’un auteur écrit lui est déjà arrivé est malsain, en plus d’être totalement erroné.

Revenons à cette question de viol. Le viol est un crime ! En parler dans l’art, c’est une chose que je trouve saine parce que cela peut aider des victimes à mettre des mots sur ce qu’elles peuvent avoir subi. L’art devrait et doit parler de tout, surtout si c’est pour mettre en avant des comportement humains aussi sombres afin de ne pas les banaliser ou de justement montrer combien ils sont banalisés à tort ! Je ne partage pas l’idée selon laquelle les crimes n’ont pas leur place dans la littérature parce qu’au contraire, c’est une aide précieuse pour des lecteurs ou des lectrices, pas tous, bien sûr, pour certaines personnes c’est juste impossible à lire et si je peux le comprendre, il faut également comprendre la réciproque. Dans certains cas écrire sur ce que l’on a vécu ou sur ce que des proches ont pu vivre, cela permet de dépasser les traumatismes, sinon, il n’y aurait pas autant de victimes qui écrivent leurs histoires. (Le côté thérapeutique toussa toussa) Tout cela je suis d’accord ! Et je soutiens toutes les victimes qui écrivent leurs histoires. En revanche ce que je ne soutiens pas ce sont les questions perverses : « Mais tu as été violée? » c’est une question perverse. Vous savez pourquoi ? Parce que bon nombre de victimes de viol souffrent du regard des autres et n’osent pas porter plainte parce qu’elles ont honte. Du coup, demander comme ça à une personne, devant des proches ou des inconnus, si elle a subi une agression sexuelle ou un viol, c’est malsain. D’une part, parce qu’il est possible que la personne n’en ait jamais parlé et ne le souhaite pas, d’autres part, parce que cela peut lui faire revivre son traumatisme, mais également parce que cela ne vous regarde pas, mais aussi parce que si la victime voulait vous en parler, elle le ferait.

On ne demande pas à une personne si elle a été agressée comme ça ! JAMAIS ! Tout comme on ne fait pas le coming out d’une autre personne même en partant d’un bon sentiment ! JAMAIS ! Je ne comprends même pas que cela puisse venir à l’esprit de quelqu’un ! C’est mal venu, c’est pervers, c’est dégeulasse, il n’y a pas d’autre mot.

Si vous craignez pour une personne qui vous est proche, que vous lui posiez des questions en privé passe encore, que vous lui disiez que vous êtes là pour elle, pour l’écouter, pour la soutenir, c’est génial, mais quand on s’inquiète vraiment pour une personne on ne lui demande jamais devant tout le monde avec tout ce que cela peut impliquer comme conséquences psychologiques ou physiques (surtout si vous ignorez si son ou ses agresseur.se.s ne sont pas dans la même pièce).

Vous ignorez le pire, quand j’ai nié et expliqué les raisons de ce roman. La personne m’a très gentiment répondu « Ouf, j’aurais pas aimé. ça m’aurait dérangé ». Mais à quel moment, un être humain normalement constitué ose dire cela. Encore une fois, je tiens à rappeler qu’un grand nombre de victimes de viol ne portent jamais plainte. Ne répondez jamais « Ouf » quand une personne vous nie avoir subi un viol, d’une part parce que ça n’est pas une réponse adéquate car vous ne savez pas si elle vous cache la vérité et c’est donc très violent. Partez toujours du principe que la personne attend peut-être de voir votre réaction pour vous confier la vérité. Partez du principe que la personne, sans la traiter de menteuse, bien évidemment, peut vous cachez la vérité par honte et auquel cas un OUF peut-être très dévastateur. Et puis, c’est quoi ce ouf ? Cette réponse m’a fait froid dans le dos, car je n’osais imaginer si j’avais dis que avoir subi un viol. Surement un truc du genre « oh ça fait chier », enfin j’imagine que ça aurait fatalement été une réponse très maladroite.

Après ce moment particulièrement gênant ou je me suis sentie plus que mal à l’aise et jugée. Jugée sur mes dires, jugée sur mes choix d’écrivaine, jugée sur ma vie sexuelle aussi, jugée sur le fait d’être une victime ou pas. Je me suis ensuite mise à réfléchir et je me suis demandée : Si tu avais été un homme, est-ce qu’on t’aurait posé la même question ? Est-ce que si tu avais été un homme on t’aurait demandé si tu avais subi un viol « juste » parce que ton dernier roman parle de viol ? La réponse est non, probablement que cette question n’aurait même pas effleuré la personne. Pourtant, je sais que les hommes aussi sont victimes de viol – n’en déplaisent aux féministes qui minimise ces crimes – et que les auteurs masculin peuvent également incorporer des éléments autobiographiques dans leurs oeuvres. Etrangement lorsque cela touche les femmes, il y a toujours cette question sous-jacente du « c’est forcément autobiographique. Est-ce si difficile de concevoir qu’une femme peut parler d’actes qu’elle n’a pas subi ? Est-ce si difficile de croire qu’une femme a le droit d’utiliser son imagination ? Ou encore qu’une femme ait envie de parler d’un phénomène de société qui touche un grand nombre de la population ? Les artistes qu’ils soient masculins ou féminins ou non binaire n’ont pas a être traité de manière différente. Ne posez jamais une question à une artiste que vous ne poseriez pas à un artiste tout cela à cause de son genre, de son sexe ou de son orientation sexuelle. Personne ne trouverait légitime de demander à un auteur hétérosexuel pourquoi il a écrit une histoire d’amour hétérosexuelle dans son livre par contre demande à une personne LGBTQIIA+ pourquoi il y a une histoire homosexuelle dans son oeuvre paraît « normal » et je déteste l’admettre mais cela s’inclut dans la patriarcat ambiant et c’est lourd à supporter.

Maintenant, j’imagine que certains vont se demander ou me demander si j’étais été violée, je n’aurais qu’une seule réponse à fournir : PERVERS. Ce n’est ni plus ni moins que de la perversion que de poser cette question. Laissez-moi ajouter une petite remarque : si ‘(et dans l’éventualité que) j’avais été victime d’un crime et que j’avais eu envie d’en parler, encore plus dans une oeuvre de fiction, j’aurais demandé à mon éditrice de mettre un petit bandeau sur la couverture, afin de vendre plus de livres car ce genre d’histoires est toujours très vendeuses le public étant alléché par la misère humaine. Si j’avais voulu écrire une autobiographie, j’aurais rédigé une autobiographie avec en gros écrit : AUTOBIOGRAPHIE ! Mais surtout, surtout : on ne pose pas la question à un autre être humain surtout à propos d’une oeuvre de fiction. Bloomsbury : Balade à Hyde Park est une oeuvre de fiction et comme toutes les oeuvres de fictions quelle que puisse être la part de vérité cachée à l’intérieure, elle ne regarde que l’auteur.

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