Expérience lunaire : migraines et addictions

Aujourd’hui, je devais vous parler d’un sujet plus léger. Seulement après ce que j’ai vu passer ce matin, je ne pouvais pas laisser ça comme ça.

Ce matin, je suis tombée sur une publication d’un groupe d’entraide à la migraine. Déjà, l‘entraide c’est que si on est d’accord avec eux sinon on est une très mauvaise personne. L’entraide sous conditions vous connaissez ? Spoil alert : je suis une personne sans coeur qui ne mérite aucun soutien.

Dans cette publication, une personne expliquait être devenue accro aux médicaments à cause de ses migraines. Au point de passer de quelques crises éloignées à une crise par jour et gros besoin de prendre des tas de médicaments : antidépresseurs, benzodiazépines, AINS, opiacés, triptans, de dérivés de l’ergot de seigle, etc. Le tout en traitement de fond et en traitement de crise avec parfois la prise de médicaments qui n’ont rien avoir avec les soins anti-migraineux juste pour « se défoncer et oublier la douleur ». Le tout saupoudré de visiter fréquentes aux urgences pour revoir les médicaments en perfusion plusieurs fois par mois.

(Vrai question de vie, sans jugement pour le coup) Personnellement, je me suis toujours demandée comment on pouvait se rendre malade au point de souffrir encore plus de migraine. Comment on peut prendre le risque de se rendre encore plus malade à cause de traitements? Encore prendre de la drogue/médicaments pour planer je peux comprendre, même si je condamne cela fortement, mais prendre des médicaments pour lutter contre une maladie alors que ça rend encore plus malade, quel intérêt ? Ce n’est pas la première fois que je vois ce genre de publication passer. De plus en plus de migraineux (souvent des femmes car la migraine touche plus les femmes que les hommes) racontent être devenus accro aux médicaments. Sauf que cette dépendance rend encore plus migraineux. Pour avoir sa dose le corps est prêt à rendre encore plus malade et à avoir plus de migraines. Tellement de migraine que cela en devienne quotidien. Vous le sentez l’effet pervers ? Plus on a de migraines, plus on prend de médicaments, plus on prend de médicaments, plus on a de migraines. Et il n’est pas question de prendre un petit médicament tout léger et inoffensif pour la santé. Non, ça serait trop simple. On parle de traitements lourds qui rendent dépendant, sinon ce n’est pas drôle. C’est cela que je n’arrive pas à m’expliquer. Et sincèrement si vous avez une piste de compréhension je suis preneuse. Comment peut-on prendre des médicaments en sachant qu’ils vont nous rendre plus malade encore et donc qu’on aura encore plus besoin d’en prendre pour être encore plus mal ? Faut pas compter sur le groupe d’entraide pour comprendre comment ça fonctionne cet aspect psychologique.

(Attention colère) Étant une personne sans coeur et cruelle, je trouve que ce genre de médicaments ne doivent pas être pris et prescris à la légère. Seulement voilà, le hic c’est que puisque je trouve qu’il est nécessaire de faire attention avec ces substances, je ne vais pas dans le sens du groupe d’entraide : oui, mais là migraine ça fait mal, ça empêche d’avoir une bonne qualité de vie, gnagnagna. Oui, je suis en colère. Déso, pas déso, on parle d’addiction à des médicaments pas de collectionner des timbres postes. (Fin de la crise de colère mais vrai questionnement 🙂 À quel moment c’est soutenir les gens que de les enfoncer dans des dépendances et trouver ça normal ? A quel moment soutenir les gens qui prennent trop de médicaments au point de mettre leur vie en danger, c’est une bonne idée ? Depuis quand voir des gens se retrouver en cure de désintox (et du coup les migraines pour les soigner c’est encore plus compliqué, donc niveau bénéfice pour la maladie de base, c’est 0) parce qu’on leur prescrit des médicaments comme si c’était des bonbecs, c’est normal ? Non, mais dites-moi, parce que j’ai dû rater une étape.

Je me suis confrontée à des personnes aux discours dangereux. Du style : oui mais si on prend pas de médicaments tous les jours c’est pas grave de se défoncer à chaque crise (plusieurs fois par mois ou semaine) parce que c’est pas ça être drogué. Pour être drogué faut en prendre beaucoup trop de médicaments. Si on a encore mal alors on n’est pas dépendant. Mais encore des : mais moi je suis pas drogué mais je ne peux pas me passer de mes médicaments. Ou encore des : tu dois pas faire souvent des migraines pour dire qu’il faut faire attention avec les médicaments. Ce qui est fou c’est de conditionné le discours des gens au fait d’avoir un certain nombre de crises. Pour le coup, je suis entre 2 et 4 crises par semaine, ce qui me donne une « crédibilité ». Je n’ose imaginer les remarques que j’aurais pu avoir si j’avais encore tourné à 2 crises par mois. J’imagine que j’aurais reçu une floppée d’injures. En mode, tu souffres pas assez pour avoir un avis. Ou peut être est-ce parce que pour avoir de la légitimité sur un sujet il faut être fortement impacté dans son mode de vie? Je ne sais pas. Je ne comprends pas les gens, je crois.

Le vrai problème, c’est que devenir addict ça ne se fait pas selon un certain nombre de prise de médicaments par jour ou par semaine. Avoir besoin d’une substance, sans pouvoir s’en passer, même une fois par an et suffisant pour être considéré comme accro. Donc estimez que si l’on ne prend pas des médicaments tous les jours ce n’est pas être accro c’est là que le discours devient dangereux. Il est inutile d’être complètement défoncé avec des substances pour que le corps en éprouve le besoin. Il n’y a pas de problème à prendre des médicaments pour soigner une douleur, le problème c’est lorsque les dosages se font au delà du raisonnable. Lorsque le corps s’habitue tellement qu’il faut augmenter les doses, ça c’est un problème. Des personnes disent utiliser des benzo en cas de migraines, non pour faire cesser les crises mais pour se sentir bien, « planer ». Alors je ne sais pas si c’est bien ou pas, mais ça me paraît étrange de prendre des médicaments pour planer. Je ne sais pas, je n’ai pas fais médecine, c’est peut-être ça qu’il faut faire. Après tout, je ne sais pas.

En revanche, je ne comprends même pas que les médecins puissent permettre à des patients de prendre autant de médicaments sans les obliger à un suivi de prévention des addictions. Pour rappel, il n’est pas question de prendre un médicament par crise mais bien de multiplier les médicaments parfois tous les jours et de traitements lourds que l’on sait pouvoir être addictif. On est loin de la prise d’un comprimé d’AINS par crise. On parle quand même de benzodiazépine, de dérivé d’ergot de seigle, d’opiacés, de triptans, d’antidépresseurs, de traitements contre l’épilepsie dans certains cas, de beta bloquant ou encore des médicaments qui agissent sur le sérotonine. Dans ces traitements certains sont en traitement de fond, pour éviter les crises, et donc à prendre pendant les crises. Ce que je ne comprends pas c’est comment il est possible de délivrer autant de médicaments à une personne au point qu’elle puisse en prendre chaque jours, en plus de passages aux urgences, sans que cela n’éveille de soupçons chez le personnel médical. Ce n’est pas étonnant que les patients tombent dans les dépendances quand on voit ce qu’on leur donne. Bien sûr, c’est utile, mais ça reste des médicaments non anodin sur le long terme.

Pour moi chacun est responsable, tant les médecins qui délivrent les médicaments que les patients qui prennent ses traitements sans se questionner. C‘est bien logique de vouloir faire cesser la douleur quand elle est intolérable – et je sais de quoi je parle ! N’allez pas me reprocher de pas savoir. Je suis à souhaiter me suicider à chaque crise donc oui la douleur je connais ! – mais faut-il continuer à prendre autant de médicaments alors que les effets ne se font pas sentir pour atténuer la fréquence des crises ? Ni les douleurs ? Je crois que nous sommes tous responsables de nos actes et qu’à moins qu’on nous mette une arme sur la tête, on choisit de prendre ou non un traitement. On choisit surtout de dépasser les doses. Pourtant ça n’ôte rien à la responsabilité du corps médical. Mince alors, j’ai l’impression qu’avant de prescrire des traitements, les médecins n’informent pas les patients des risques d’addiction. Qu’ils ne font aucune consultation pour connaître les risques de dépendances de certains patients. Parce que oui, certaines personnes sont plus à risque, ce n’est pas grave en soit, mais il faut prendre le temps de discuter avec le patient. Ce n’est pas une tare que d’être sujet aux addictions, encore faut-il ne pas être tenté par des professionnels de santé qui renforcent ces risques par des prescriptions médicales sans suivi spécialisé.

Ce matin, je me suis confrontée à des gens pour qui prendre autant de médicaments est normal. Pour qui il est logique de se soutenir (c’est sur qu’entre drogués ils se comprennent – petite pique méchante mais c’est de bonne guerre) et qui défendent le fait que l’on n’est addict que si l’on prend un certain nombre de médicaments par jour, pas si on augmente les doses ni si on prend des médicaments inutiles de temps à autre pour planer parce qu’après tout c’est normal de vouloir planer quand on a mal. J’ai pu également remarquer que pour certains prendre autant de médicaments c’est  » pour mener une vie normale« . Mince, à quel moment on se dit que prendre autant de cachets c’est une vie normale ? Ah si! Quand on est dépendant. Et non, je n’ai pas envie d’être sympa quand je vois ce genre de banalisation des addictions sous prétexte que l’on a une ordonnance, ou deux ou trois, parce qu’en plus d’avoir beaucoup de médicaments, ils ont beaucoup de médecins. Une petite dépression par là, un peu d’anxiété par ci, quelques troubles du sommeil et puis de la douleur… On cumule les médecins qui n’ont pas l’air de se concerter entre eux. Entre le psychiatre, le neurologue, l’urgentiste et le généraliste ça en fait des médecins pour donner traitements.

Je ne dis pas que les migraineux ne peuvent pas souffrir de dépression, d’anxiété et d’autres soucis de santé, pas du tout, c’est plutôt la manière dont les médecins s’accumulent dans leur entourage et avec quelle facilité les médicaments sont distribués qui me dérange. Soigner la dépression avec des antidépresseurs d’accord mais alors pourquoi ne pas y ajouter un suivi psychologique ? Un suivi neurologique est parfois indispensable mais alors pourquoi ne pas y ajouter de la médecine douce ? De la relaxation ? Même si je sais que cela peut être inutile. En tout cas, pourquoi ne pas prévoir de l’accompagnement un accompagnement chez un addictologue ? On parle de gens qui prennent des médicaments au-delà de la dose recommandée et qui en parlent sur les réseaux sociaux. De médicaments qui devraient être surveillés par le corps médicale. On n’est pas sur Madame Martin qui prend un cachet de 500 mg de paracétamol en plus une fois pour soigner sa fièvre ou ses crampes menstruelles. On est sur des personnes qui prennent plus d’antidouleur que leur ordonnance ne le conseille et qui multiplie les traitements lourds. De gens qui parlent de prendre des médicaments pour planer quand ils ont mal et qui encourage, de par leur comportement, les autres à en faire autant.

Au risque de passer pour une complotiste c’est à se demander si le fait de prescrire autant de médicaments sans soutien psychologique et addictologique n’est pas une manière de remplir les poches des laboratoires pharmaceutiques plus que par volonté d’aider les patients. Patients qui semblent bien s’arranger d’ailleurs de toutes les substances qu’ils ingurgitent. Quand je remarque les réactions auxquelles je me suis retrouvée confronter, je comprends mieux quand on dit qu’un drogué se défend toujours de l’être et combien remarquer sa dépendance et l’admettre est le premier pas vers la guérison. Je parle de personne irascibles, incapable de remettre en cause leur agissement, de personnes méchantes et agressives qui prennent très mal le fait de questionner leur choix de prendre plus de médicaments que nécessaire ou de prendre des médicaments non utiles.

Je ne juge pas la maladie. L’addiction en est une et j’ai du respect pour les malades, moins pour les personnes qui défendent le fait de le devenir car leur drogue ne leur sert pas de façon récréative. Parce que oui, ça aussi on me l’a sorti le : je ne suis pas droguée c’est pas récréatif. J’ai de vraies douleurs. Comme s’il fallait prendre des substances que pour s’amuser pour tomber dans la dépendance. Tous ces discours sont dangereux dans le sens où ils minimisent l’addiction, c’est contre ça que j’ai un problème. Et quand je vois les réactions violentes/agressives des personnes sur ce groupe, je me dis que l’addiction touche plus de personnes qu’on ne le croit et que c’est un vrai enjeu de santé publique.

Je sais bien que c’est difficile de reconnaître quand on a un problème. Je suis consciente du fait que certaines personnes ont des « migraines horribles » (sous-entendu que les autres non. Quand je vous dis que c’est un soutien conditionné leur groupe d’entraide)et qu’il faut soulager la douleur. La prise en charge de la douleur est nécessaire surtout que la migraine est un vrai handicap au quotidien. Je suis consciente que les maladies chronique peuvent conduire à des maladies comme la dépression. Sauf que promouvoir l’addiction c’est non. Déso, pas déso mais la dépendance peut détruire des vies et pas seulement celles des personnes dépendantes. Surtout, de plus en plus de migraineux parlent de leur addiction, de leur cure de désintox, avouez que c’est bien qu’il y a un problème quelque part. Problème qui met en danger la vie des migraineux déjà parce que les traitements lourds ne sont pas anodins pour la santé, mais parce que se bourrer de médicaments pour avoir « une vie normale » ce n’est pas normal.

Bref, c’était mon coup de gueule du jour. Parfois, ça fait du bien d’exprimer ce qu’on ressent et ses inquiétudes. Sinon, vous en pensez quoi ?

Une réflexion sur “Expérience lunaire : migraines et addictions

  1. Marine dit :

    Un sujet que je connais bien… J’en parle dans ma vidéo sur l’alimentation… Pendant dix ans j’ai pris des bétablocants et autres triptans… (et j’en avait encore) Finalement, j’ai supprimé quelques aliments de mon alimentation comme le Gluten et le Lait… Et je n’en ai plus…
    Beaucoup de médicaments et d’effets secondaires : pour un petit soucis qui aurait pu se régler très vite. Il faut régler la cause pas mettre un pansement sur ses douleurs…

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