Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même, mon avis de lecture

Il y a quelques temps, j’ai rédigé un article sur des conseils lectures pour peaufiner la création de ses personnages. Dans ces lectures, je vous parlais du livre de Lise Bourbeau Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même. C’est un livre que j’ai lu il y a quelques années et que je n’avais pas trop aimé. Aujourd’hui, je vous explique pourquoi et je vous explique pourquoi ce livre n’est pas forcément utile pour concevoir des personnages, parce qu’après tout on est ici pour parler d’écriture.

Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même qu’est-ce que c’est ?

Tout d’abord, il s’agit d’un livre -oui, on s’en serait douté- de développement personnel et de bien-être. Etant moi-même une grande adepte de ce genre de lectures, j’ose dire qu’il s’agit de littérature new age sur comment être plus heureux, comment se sentir bien et sur comment devenir la meilleure version de soi-même. Autant le dire simplement : on adhère ou pas à ces concepts.

Je ne dénigre absolument pas les lectures de développement personnel (sinon je n’en lirais pas !), je pense que certains auteurs vont trop loin et ont un côté sectaire. Cet avis est exclusivement personnel et ne reflète certainement en rien la qualité des dires de l’auteur ou de l’autrice et la bienveillance de ses propos. Je préfère mettre les choses aux clairs avant que l’on ne m’accuse de dénigrer le livre de Lise Bourbeau car je sais qu’il a plu à des millions de lecteurs dans le monde. Il se peut que je me sois fourvoyée et que je n’ai pas compris ma lecture, c’est tout à fait possible, si c’est le cas n’hésitez pas à me le dire en commentaire, je serais ravie de partagée avec vous.

Maintenant que les disclaimers sont posés allons dans le vif du sujet.

Dans ce livre, Lise Bourbeau présente ce qu’elle nomme les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même. Dans ces blessures il y a :

  • Le rejet
  • L’abandon
  • L’humiliation
  • L’injustice
  • La trahison

Il n’y en aurait pas d’autres. Ces blessures se forment dans l’enfance et elles auraient des répercussions sur le psychisme et même le physique de la personne blessée. Il est également question de réincarnation et si nous subissons ces blessures c’est parce que notre âme doit passer par elle pour grandir. Si l’on peut ressentir toutes ses blessures, nous n’en avons que une ou deux de dominante(s) et c’est sur elle(s) qu’il faut travailler. Il faut préciser que l’autrice ne s’appuie – il me semble – que sur sa propre expérience et celle de ses ateliers. L’autrice dit que puisque nous pouvons nous reconnaître dans chaque blessure, il faut se fier au physique car celui-ci ne ment pas.

Mon avis

Tout d’abord, l’autrice tutoie le lecteur. Alors autant je n’ai rien contre dans un blog, sur les réseaux sociaux ou sur Youtube, mais dans un livre qui me confronte à « qui je suis » j’ai beaucoup de mal. Je suis conscience que c’est une technique très américaine et jugées comme dynamique, mais avec moi cela passe mal. Nous sommes d’accord, ce point est vraiment peu objectif, mais je tenais à le souligner. Lorsque je vais chez le psychologue j’aime avoir de la distance que met le « vous », c’est pareil dans les livres de développement personnel, en tout cas selon les sujets. Avec le vous, je me sens plus à l’aise. Voilà, c’est le premier point qui me dérange.

Je ne sais pas si je crois en la réincarnation. En vérité, je n’ai rien contre cette croyance (ou n’importe quelle autre d’ailleurs), mais je n’ai pas apprécié l’insistance de l’autrice sur cette question. Si nous subissons nos blessures c’est à cause de notre parcours d’âme. Je ne suis pas en reste lorsqu’il est question de spiritualité et tout le monde le sait (!!!!) mais là, c’est trop, vraiment. En plus, ce n’est pas quelque chose qui parle à tout le monde et c’est un peu gênant à mon sens d’autant insister sur la réincarnation. Surtout que cela m’a paru contradictoire : d’un côté, les blessures seraient choisies par l’âme avant la naissance, mais elles seraient créées par les parents durant l’enfance ? Je sais bien que les choses ne sont pas aussi faciles lorsqu’il est question de réincarnation mais si on s’en tient à une vision terre à terre cela manque de logique. Surtout qu’elle parle tout de même d’hérédité dans les blessures car elles se propagent de générations en générations.

La faute des parents ! Ah ça ! Ce grand classique depuis Freud où tout dépend forcément des parents et absolument de rien d’autre. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, les parents sont des humains et donc imparfaits. Ils peuvent blesser leurs enfants sans le vouloir et leur créer des sentiments de manques, de rejets, d’abandons, de trahisons, d’injustices etc. Ce n’est pas toujours volontaire. Je dis pas toujours car bien entendu il existe de très mauvais parents et ce serait hypocrite de l’ignorer. Je ne crois pas que toutes nos blessures intérieures et toutes nos souffrances viennent de nos parents car ils ne sont pas les seuls à nous entourer durant notre enfance, même petite-enfance, certes la figure des parents est la plus importante pour l’enfant mais tout de même. J’ai trouvé cela trop facile de rejeter la faute sur les parents. En plus selon la blessure c’est la faute de l’un ou de l’autre des parents, comment bien culpabiliser le parent en question et donner le beau rôle à l’autre.

La phrénologie, la physiognomomie et morphopsychologie ! Parce que oui, ce livre tombe en plein dans la pseudo-science du 19eme siècle où le caractère d’une personne est basée sur…Son physique ! Youhou ! Certes, ici on ne va pas vous envoyez en prison ou dans un hôpital psychiatrique parce que vous avez une bosse sur le crâne ou le front peu développé mais on va vous catégoriser dans une blessure, autant dire dans un caractère, en fonction de votre physique. L’autrice fait totalement fi de l’ADN et de la génétique. Si on est corpulent, maigre, grand, petit, boiteux ou non, telle forme des yeux, des muscles ou non, tout ce là n’est dû ni à votre alimentation, ni à votre activité physique, ni à votre génétique (de même pour les maladies comme l’asthme, le cancer, le diabète etc). C’est prodigieux, il suffit d’avoir eu la bonne blessure émotionnelle pour échapper à la génétique ou aux calories. Et encore, je ne vous parle pas des maladies comme Alzheimer ou le cancer qui seraient selon l’auteur le fait de la blessure émotionnelle.

Tout est basé sur les observations de l’autrice et sur aucune données scientifiques, aucune recherches. Elle aurait pu, au moins, avoir des données recueillies par elle-même, mais non.

La blessure d’abandon

En vérité, j’ai longuement hésité avec celle de rejet, mais partons sur celle d’abandon. Après tout, s’il s’agit de ma blessure, j’ai le droit de la choisir puisque je me suis incarnée et donc c’est mon choix (si on suit l’autrice). Donc je vais vous exposer quelques faits sur la blessure d’abandon vue par Lise Bourbeau et c’est édifiant.

Beaucoup de choses m’ont dérangé dans la description de Lise Bourbeau, même si certaines sont très justes. Par exemple, elle dit qu’une personne qui a une blessure d’abandon ne va pas apprécier que l’autre regarde tout le temps sa montre lors d’une rencontre. En même temps, vous connaissez beaucoup de gens qui apprécient qu’une personne proche passe son temps à regarder l’heure durant une rencontre ? Alors bien sûr, si votre blessure est l’abandon cela ne peut que renforcer le sentiment de ne pas être important pour la personne ou que notre présence dérange, mais enfin ce n’est pas une caractéristique propre à quelqu’un qui a une blessure d’abandon.

La tristesse serait l’une de mes émotions les plus courantes – je ne vais pas mentir c’est vrai, j’ai eu de nombreuses périodes de dépression alors oui, j’ai la fâcheuse tendance à être triste durant mes dépressions quelle surprise ! – seulement dans la manière dont cela est expliqué, Lise Bourbeau laisse entendre que cette tristesse est dû à la relation que l’on a aux autres. Jusque-là, je suis d’accord, avoir trop d’attente vis-à-vis des autres cause de la tristesse. Oui, mais voilà, elle dit que vouloir fuir une relation qui nous rend triste renforce la tristesse. Donc…si on se sent mal dans une relation, il faudrait y rester parce que … ? D’ailleurs, il semble que mes dépressions soient dû à ma blessure d’abandon, mais absolument pas à des traumas que je pourrais avoir vécu…bien sûr, aucun rapport entre les traumatismes et la dépression chez cette autrice. Après nous nous sommes responsables de nous-même mais les autres ne sont pas responsables du mal qu’ils nous causent. En soi, je suis d’accord que nous choisissons la manière dont nous acceptons les événements. Pourtant, si quelqu’un fait sciemment du mal à une autre, celle-ci peut choisir de pardonner, il n’en reste pas moins que le comportement de la première n’est pas génial.

Autre exemple qui celui-ci me touche particulièrement, le suicide. Il est abordé avec une légèreté dangereuse, presque moqueuse. Pour elle, lorsqu’une personne qui a une blessure d’abandon se sent seule, elle peut se suicider,…oh mais rassurez-vous c’est juste pour attirer l’attention parce qu’elle ne va pas réussir. Comment peut-on prendre le suicide à la légère ? Les crises suicidaires sont extrêmement graves, qu’importe que l’on peut que chacun est libre de disposer de son corps ou non, les crises suicidaires sont des urgences médicales. Je vous rassure, il en va de même pour les TCA. Si l’on est boulimique c’est parce que notre parent de sexe opposé nous manque. Ce qui est d’autant plus amusant, c’est qu’elle ne connaît rien des TCA puisqu’elle va parler du fait d’aimer manger en société, ce qui est rarement le cas des personnes boulimiques. C’est assez rare de faire des crises devant tout le monde, en tout cas pas devant des gens que l’on connaît. Elle attribue également la migraine et la myopie à cette blessure. Sachant que la migraine est multifactorielle et qu’il s’agit d’un handicap je trouve un peu facile de dire que c’est dû à une blessure d’abandon. Pour rappel, Lise Bourbeau n’est pas médecin.

Pleurer ? Oui, pleurer lorsque l’on souffre ou lorsque l’on parle de ses problèmes c’est … de l’égo. Toucher les autres ? Oulala, si enfant vous aviez besoin de câlins et si adulte vous touchez la main de votre conjoint ou conjointe, que vous lui faites des câlins signifie que vous êtes dépendant. Cela doit être très agréable d’être dans une relation sans démonstration d’affection. On peut aussi citer le fait qu’une femme aime les rapports sexuelles comme une marque de dépendance, tout comme apprécier d’être désirée par son conjoint. On sent que la morale judéo-chrétienne est encore bien enracinée chez Bourbeau.

Quant à mon physique et bien, il ne correspond en rien à ce qui est définit par la blessure d’abandon, mais ce n’est pas grave puisque de toute façon, c’est forcément le physique qui compte. Heureusement, que la criminologie et la Justice a cessé d’envoyer les gens en prison selon leurs caractéristiques physiques parce que cette autrice vous enverrez en psychiatrie juste parce que vous avez de grands yeux, un front trop étroit, un corps trop corpulent ou des bras trop courts.

L’exemple de son fils ! La si parfaite Lise Bourbeau a causé une blessure d’abandon chez son fils, même si la manière dont elle l’a causé me paraît absolument pas adéquate par rapport à la définition, mais passons. Elle lui a donc causé cette blessure, mais ne s’étonne pas qu’il lui en ait voulu et le justifie par « Les lois spirituelles expliquent que tant qu’un humain n’aura pas vécu une expérience dans l’amour, il devra revenir sur Terre pour revivre la même expérience. » Ou comment justifier les mauvais traitements sur les enfants par c’est pas moi, c’est l’enfant qui a choisi de s’incarner dans ce corps, dans cette famille.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas adhéré à ce livre. Cela ne veut pas dire que tout est à jeter, mais qu’il s’agit surtout d’un énorme phénomène commercial qui doit répondre aux attentes de certains lecteurs adeptes des pseudosciences. Et croyez-moi, j’utilise des pierres de lithothérapie, la loi d’assomption, la méditation et je tire les cartes de tarot, donc les pseudosciences je ne les juge pas (toutes) néfastes (tout dépend des raisons, de quand, comment, pourquoi on y croit et de ce que cela nous apporte) mais ici cela me paraît dangereux.

Peut-on utiliser les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même

pour concevoir des personnages?

Clairement, j’ai envie de répondre non. Non, car, les blessures sont tout de même trop vagues. Il est seulement question des blessures. Bien entendu, vous pourriez vous servir des blessures pour concevoir le physique des personnages, mais cela n’ira pas plus loin. Les descriptions sont bien trop vagues pour réellement permettre la conception de personnages.

D’ailleurs, les 5 blessures ne sont pas vraiment des personnalités. L’ennéagramme est nettement plus utile lorsqu’il s’agit de concevoir des personnages car il s’agit de types de personnalités (pour faire simple et schématiser), ce qui n’est pas le cas ici.

Si votre but est de trouver des comportements parentaux qui pourraient avoir blessé vos personnages, cela peut s’explorer, mais je crois que l’on trouve facilement ailleurs des informations nécessaires pour ce genre de choses. En revanche, je crois que cela peut s’avérer utile de connaître les 5 blessures, pas ce qu’elles font sur le physique, mais ce à quoi elles correspondent, mais il est aisé de trouver les informations sur internet de nos jours. Ce livre est également utile pour appréhender les blessures en tant que telle. Que ressent-on lorsque l’on souffre d’une blessure d’abandon par exemple c’est parfois utile pour décrire une scène, appréhender les ressentis physiques ou psychologiques du personnages.

Voilà ce que je pouvais vous dire sur ce livre.

Et vous l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

N’hésitez pas vous abonner, liker et partager si cet article vous a plu.

2 réflexions sur “Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même, mon avis de lecture

  1. fatihaaya Elmesnaoui dit :

    Je partage parfaitement. J’ai eu beaucoup de mal à finir la lecture du livre .L’agressivité voir la cruauté avec laquelle le livre dissèque les ressentis humains avec un scalpel nommé “blessures de l’âme “ ne m’a pas lâché longtemps après la lecture

    Aimé par 1 personne

    • Sandra Laguilliez dit :

      Merci de ton commentaire. J’avoue que j’ai pas fait tellement attention au côté cruel qu’il peut se dégager, mais on m’a fait la remarque également. Je sais qu’en développement personnel, on dit souvent que si quelque chose fait mal c’est qu’on est sur la voie de la guérison, mais je pense qu’il y a une nuance entre titiller nos blessures/traumatismes et une véritable douleur psychologique que s’ajoute à ce que l’on peut vivre.

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